L’administration malgache est un acteur clé du développement. Dans la Grande île, sa lourdeur et son manque de célérité constituent des facteurs de blocage. L’administration s’est engagée dans une réforme d’envergure à travers le Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration (PREA).

 

L’administration publique malgache n’a pas connu de réforme majeure depuis l’indépendance. C’est en 2006 que l’idée de mettre en œuvre les réformes a commencé à germer dans l’esprit des dirigeants. Les circonvolutions politiques ont toujours retardé la mise en œuvre d’un programme d’envergure. Il a fallu attendre jusqu’en 2014 pour que l’initiative soit exhumée à travers le Programme de Réforme pour l’Efficacité de l’Administration (PREA), financé par la Banque Mondiale, qui a comme mission d’améliorer l’efficacité de l’administration publique. Une mission herculéenne qui se décline en douze volets. 

1. Réduire les pertes évitables

C’est l’une des missions fondamentales du PREA : identifier les secteurs dans lesquels l’administration malgache perd de l’argent inutilement et en venir à bout afin de dégager des fonds pour permettre à l’administration de se focaliser sur l’essentiel. Balsama Andriantseheno rappelle la fameuse histoire du stylo. « Les fournisseurs surfactures les articles. Un stylo vendu 500 ariary sur le marché atteindra les 2 000 ariary quand il passe par la passation de marché », pointe-t-il du doigt. Un ensemble de petites décisions d’achat fait exploser le budget de l’État sur les court, moyen et long termes.

2. Assurer l’autonomie de l’État 

Actuellement, 60% du budget de fonctionnement de l’État malgache dépend de l’appui des bailleurs de fonds. La réduction des pertes inutiles pourrait ainsi permettre à l’administration malgache d’avoir des fonds ne serait-ce que pour renverser la tendance. L’objectif est de couvrir au moins 60% du budget. Ce qui permettrait d’apurer peu à peu les dettes de l’État. Le développement passe par l’autonomie financière suivie d’une bonne gestion des finances publiques, un des pivots du PREA. « Cette autonomie restera dans le domaine de l’utopie si l’on n’arrête pas l’hémorragie qui est catalysée par les domaines où l’argent de l’Etat sort frauduleusement », nous assure Balsama Andriantseheno.

3. Régularisation des soldes et des pensions 

À Madagascar, les fonctionnaires fantômes gonflent le nombre des fonctionnaires en alourdissant le budget de l’État. Une perte qui s’élève à des milliards et c’est la raison pour laquelle, le PREA focalise autant d’effort pour mettre fin à ce fléau. L’utilisation de l’Application Unique pour la Gestion Uniforme des Ressources humaines de l’Etat (AUGURE) a déjà permis de mettre en relief des dossiers qui devraient être régularisés ou l’identification des fonctionnaires fantômes par le ministère de l’Economie et des Finances. L’opération d’assainissement permettra d’économiser 11,4 milliards d’ariary dans la caisse de l’Etat. PREA s’engage dans une démarche s’inscrivant sur le long terme. La régularisation du paiement des soldes et pensions est une étape incontournable dans cette réforme de l’administration publique.

4. Renforcement des organes de contrôle 

Les organes de contrôle sont essentiels pour contrôler l’exécution des décisions prises, proposer des améliorations et de garantir un fonctionnement efficient des institutions. Le PREA visera à mettre en place des organes de contrôle efficients encadrant le bon fonctionnement de la fonction publique malgache. « La Cour des comptes, les organismes de contrôle financier, l’inspection générale de l’Etat… sont autant de balises qui pourraient prévenir des abus et des cas de corruption », rappelle Balsama Andriantseheno. Le Bianco et le SAMIFIN ont aussi un rôle prépondérant à jouer. Dans cette optique de réforme, le PREA tâchera d’accompagner ces organes de contrôle.

5. e-Gouvernance 

Frustration, perte de temps, grogne… pour les usagers des services publics, ces sentiments dominent bien souvent. Pour accélérer le processus, l’e-gouvernance mènera Madagascar vers la digitalisation de son administration publique. « Quand on évoque la digitalisation, l’opinion traduit cela bien souvent par l’informatisation, soutient notre interlocuteur. Pour le cas de la Grande île, l’informatisation n’est qu’un outil parmi tant d’autres pour atteindre les objectifs fixés : profiter pleinement des évolutions technologiques qu’offre notre ère ».

6. Mettre l’administration publique entre les mains des citoyens 

Obtenir sa copie de naissance en quelques clics, avoir son casier judiciaire après quelques mails… C’est l’objectif à atteindre dans la démarche de digitalisation de la fonction publique. L’idée est simple : réduire au maximum les contacts afin d’éradiquer toute tentative de corruption ainsi que les pertes de temps qu’engendre le déplacement du citoyen vers les services publics. Les agents de l’administration publique gagneront également en temps et en efficacité. L’utilisation de la technologie numérique dans l’administration permettra aussi la transparence et la traçabilité de toutes les transactions faites avec l’État et de réduire d’une manière considérable les corruptions qui gangrènent le quotidien de la population malgache.

7. Culture de l’efficacité 

Bouleverser d’une manière irréversible la manière de fonctionner de l’administration. C’est l’objectif de la culture de l’efficacité. Pour Balsama Andriantseheno : « les agents de l’administration malgache seront les premiers à adhérer quand ils comprendront la culture de l’efficacité. Le gain n’est pas forcement monétaire, il peut se traduire par la satisfaction personnelle d’un travail bien fait ». L’efficacité se cultive avec les formations. Le PREA accompagnera les différents ministères à faire face aux bouleversements à travers des formations. Des standards seront établis pour l’uniformisation des outils à utiliser.

8. Refonte de l’état civil 

Tous les changements que le PREA veut opérer doivent systématiquement passer par la refonte du système d’état civil. Le système d’identifiant unique centralisera toutes les informations concernant une personne. « Notre vision est de donner un identifiant unique dès la naissance pour qu’y soient greffées toutes les informations concernant le citoyen. Il sera alimenté au fil des années : dossier de santé, scolarité, parcours professionnel… », promet Balsama Andriantseheno.

9. Digitaliser la majorité des services 

Déposer sa candidature, alimenter son CV, ouvrir un compte bancaire… L’identifiant unique est le cœur de l’e-gouvernance. Il est le pivot d’un ensemble de services connexes auquel s’attèle le PREA qui définira clairement les opportunités qu’offre la digitalisation. Ce sera une réalité dans un futur très proche

10. Recensement et enregistrement massif 

La mise en place d’identifiant unique sera une occasion inespérée d’effectuer un recensement et enregistrement massif de la population malgache. Ce registre fera office de base de données qui servirait de référence à tous les projets de développement à Madagascar.

À long terme, ce système d’identifiant unique permettrait d’avoir, d’une manière systématique, les indicateurs classiques de développement : taux de chômage, taux de vaccination, taux de réussite scolaire, taux de natalité et de mortalité.

 

11. Amélioration de la recette fiscale 

L’État malgache ambitionne d’élargir de manière pérenne l’assiette fiscale. Les enjeux de l’identifiant unique sont doubles. D’une manière infaillible, le système d’identifiant unique basculera automatiquement toute personne qui atteindra la majorité, dans deux registres : celui des contribuables et la liste électorale. Le suivi en sera facilité pour l’administration fiscale, étant donné que la personne devrait être enregistrée quand elle a un emploi. D’ailleurs, la digitalisation du système permettra de sanctionner toute personne qui voudrait se soustraire à ses devoirs de citoyen.

12. Convaincre la population malgache et les fonctionnaires sur la nécessité des réformes 

Madagascar ambitionne à atteindre des objectifs particulièrement ambitieux à travers l’e-gouvernance dans une échéance particulièrement courte. « Si on arrive à garder le rythme des quatre premières années, nous pourrons atteindre sans mal cet objectif de huit à dix ans » rassure Andriantseheno Balisama. Néanmoins, sans l’adhésion de la population, cette réforme ne serait qu’utopie pour nos dirigeants. Le programme sera accompagné par une grande campagne de communication, dont l’objectif est de mettre en exergue les avantages des changements tant pour la population malgache que pour l’administration publique. Les agents de la fonction publique seront aussi sensibilisés. La sécurité des données constitue l’une des préoccupations majeures du PREA.

Liens :
PREA: http://prea-mg.com/
DGFAG: http://www.dgfag.mg/2020/10/16/lutilisation-de-lapplication-unique-pour-la-gestion-uniforme-des-ressources-humaines-de-letat-augure-est-obligatoire-pour-tous-les-ministeres-et-institutions/
MEF: http://www.mefb.gov.mg/page_personnalisee/index/news/103
EGM: https://digital.gov.mg/
IMODEV: https://site.imodev.org/nos-activites/afrique/madagascar/la-reforme-de-ladministration-electronique-a-madagascar/
Plan Marshall: http://www.presidence.gov.mg/gov/index.html
Midi Madagasikara: http://www.midi-madagasikara.mg/societe/2020/01/22/reforme-detat-civil-le-principe-didentifiant-unique-se-precise/

Article extrait du REFORMER n°4: Digitalisation, LE GRAND BON NUMÉRIQUE.
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